ÉCHAUFFOUR, PAROISSE NORMANDE

Ses villageois et ses seigneur

L’abbé Lafosse (1772-1839)

En 1803, la paroisse de Saint-André d’Échauffour avait enfin un nouveau curé : l’abbé Lafosse.

 

Fils de François Lafosse et de Marguerite Gaubert, Louis François Marin Lafosse naquit à Montreuil-au-Houlme le 29 novembre 1772. D’une famille de sept enfants, le jeune Louis perdit sa mère à onze ans. Comme beaucoup de petits garçons de l’époque, il commença ses études avec le curé du village, l’abbé Faucillon, auprès de qui il resta jusqu’au début de la Révolution. Celui-ci qui avait commencé par prêter serment à la Constitution civile du clergé, se rétractait à la suite de sa condamnation par Rome. Contraint de se cacher pour échapper aux représailles du district d’Argentan, il fut remplacé à Montreuil par un curé jureur originaire de Rânes, Jacques François Guesnerot, qui allait exercer une profonde influence sur le jeune Lafosse.

 

En janvier 1792, ce dernier entra au séminaire fondé par l’évêque constitutionnel Le Fessier qui l'ordonna prêtre en décembre de la même année : il avait tout juste vingt ans. Nommé en 1793 curé jureur de Lonlay-le-Tesson, il n’y resta que dix-huit mois, ayant été très mal accueilli par la population. Gagné peu à peu par le doute, Louis Lafosse adressa deux lettres officielles de rétractation au début de 1795, l’une à M. Villeroy, vicaire général représentant l’évêque émigré, Mgr d’Argentré, l’autre à ses anciens paroissiens de Lonlay-le-Tesson pour leur demander pardon de les avoir entraînés dans l’erreur. En septembre de la même année, il entreprit un voyage à Münster en Westphalie où s’était réfugié Mgr d’Argentré. Celui-ci le réconcilia avec l’Ėglise mais il lui ordonna de faire une retraite de six mois à La Trappe de Darfeld (Allemagne) et lui défendit de célébrer la messe ou d’administrer les sacrements jusqu’à nouvel ordre.

 

Une fois sa pénitence accomplie, l’abbé Lafosse retourna chez ses parents où il devint instituteur tout en prêtant son concours à son ancien curé l’abbé Faucillon qui avait continué à exercer son ministère de façon plus ou moins clandestine. La persécution ayant repris en 1799, ils furent tous les deux arrêtés et emprisonnés d’abord à Argentan puis à Alençon. Le 1er août, ils étaient condamnés à la déportation à l’île de Ré dont Louis Lafosse s’évadait en mai 1800.

 

En août 1800, Mgr d’Argentré leva les peines canoniques qui pesaient toujours sur l’abbé Lafosse. Celui-ci effectua alors plusieurs remplacements dans différentes paroisses avant d’être enfin nommé officiellement curé d’Échauffour en 1803, succédant à l’abbé Fleury, le curé constitutionnel. C’était un poste difficile et de fait, les obstacles furent tels qu’il ne put prendre possession de sa cure que neuf mois après sa nomination.

L’ambiance était détestable. Poussée en douce par l’abbé Fleury, la municipalité encourageait la résistance des fidèles : des manifestations hostiles se succédèrent et des dénonciations calomnieuses furent adressées au ministère des Cultes. En mars 1804, une lettre du préfet au sous-préfet d’Argentan faisait état de « scènes scandaleuses » qui s’étaient passées aux portes de l’église et dans le cimetière. Des jeunes gens masqués avaient dansé au son du tambour obligeant l’abbé Lafosse à interrompre les confessions à l’issue de la grand-messe. Le curé avait porté plainte et les jeunes furent sévèrement réprimandés par le tribunal correctionnel du Merlerault qui s’en prenait aussi au maire et à son adjoint, ces derniers ayant semble-t-il assisté à la scène avec la plus grande complaisance.Le tribunal stipula que :

 

« Si les jeunes gens sont coupables, le maire et l’adjoint sont aussi fautifs pour avoir autorisé par leur silence de pareilles scènes et avoir été les premiers à applaudir ».

 

Et le sous-préfet menaçait :

 

« Si les moindres excès qui auraient le culte ou la religion pour prétexte [se reproduisaient], sans qu’ils justifient avoir usé de toute l’autorité dont ils sont revêtus, soit pour les prévenir soit pour les réprimer, je provoquerai leur destitution ».

 

Le maire, M. Delaporte, avait refusé tout net d’installer le nouveau curé. L’ancien presbytère avait été vendu comme « bien national » et il prétendit que la commune n’avait pas les moyens d’en acheter un autre. À la suite de l’injonction du sous-préfet, il dut céder mais il le fit avec la plus grande mauvaise volonté et se répandit en menaces, conseillant vertement à l’abbé Lafosse d’avoir à mieux se comporter que son prédécesseur s’il ne voulait pas être chassé comme lui.

 

L’abbé n’eut droit qu’à une seule pièce avec une cave et un grenier. En 1818, la commune finit par racheter l’ancien presbytère à la famille Gérard (on se souvient qu’elle l’avait acquis comme « bien national »). Cette maison se composait d’une cave, d’une cuisine, d’une salle et d’une chambre à l’étage mais elle était dans un tel état qu’en 1845, la municipalité optait pour sa démolition et décidait la construction d’un nouveau presbytère. Celui-ci ne fut achevé qu’en 1857 et en attendant, la commune loua une maison au sieur Gibory, adjoint au maire. Le coût de la construction allait s’élever à 11 404 livres.

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